Comprendre ce qui se passe au Mali

11 avril 2012 | By | Faites un commentaire More

Voici un article proposé par Jean-Claude sur la crise malienne. En effet l’équipe de « Cours Toujours » suit les choses de près car une course relais est prévue au Burkina Faso.

Historique :

Le berceau des Touareg :

À Essouk, dans l’Adrar des Ifoghas, se trouve un important site de gravures rupestres, datées de 6000 avant Jésus Christ. Vers cette époque, les sociétés ouest-africaines (Subsahariens) adoptent progressivement l’agriculture avec la domestication dans une zone située au nord du fleuve Sénégal puis avec le développement de la riziculture dans le Delta intérieur du Niger à partir du IIIe millénaire avant J-C. Cette structuration économique autour de sociétés agricoles sédentaires est alors défavorable aux Touaregs vivants dans le cadre du pastoralisme nomade. Dans ce creuset d’Essouk s’est cristallisée et s’est développée la culture touareg avant d’essaimer à l’intérieur du Mali et dans les contrées voisines du Niger et de l’Algérie.

A partir du VIIIe siècle après Jésus Chirst commence l’expansion de l’empire du Ghana lorsque le roi du Wagadou Kaya Magan Cissé réalise l’unité des soninkés. Le Wagadou est axé autour de la ville de Koumbi Saleh, dans l’actuelle Mauritanie, le Ghana domina la région jusqu’à l’invasion des Almoravides. Il est remplacé quelque temps plus tard par l’empire du Mali fondé par Soundiata Keïta. L’empire du Mali perd progressivement son hégémonie face à l’empire Songhaï. Les Touaregs vivront alors sous la domination des états ouest-africains jusqu’au la prise de Gao par les Saadiens en 1591.
Le sultan marocain Ahmed al-Mansur Saadi bat l’armée d’Askia Ishaq II, forte de 40 000 hommes. Cette défaite aboutit à la conquête de Gao et de Tombouctou,  les Arabo-Berbères (Maures et Touaregs) parviennent ainsi à s’émanciper de la tutelle Songhaï et plus largement de la domination des états ouest-africains précoloniaux.

Au début du XVIIe siècle l’Azawad se retrouve aux mains de divers groupes locaux, les Marocains ne gardant l’autorité que sur quelques villes situées sur les rives du Niger, passant elles-mêmes épisodiquement sous contrôle touareg. Les Bambaras finissent par s’imposer dans la partie sud, le long du fleuve Niger, alors que les Touaregs finissent par soumettre l’ancien Pachalik tout en gardant le contrôle du désert plus au nord. La région de la Boucle du Niger passera aux mains des Peuls au début du XIXe siècle puis des Toucouleurs, la partie désertique demeurant sous contrôle ininterrompu des Touaregs jusqu’à la conquête française.

La pénétration coloniale française se fait en suivant le fleuve Sénégal et le fleuve Niger, depuis l’océan Atlantique en allant vers l’est. Tombouctou est conquise en 1894 et Gao en 1899. Le territoire de l’Azawad est alors intégré au Soudan français qui sera une composante de l’Afrique-Occidentale française. Le 30 octobre 1957, les Touaregs et les Maures de l’Azawad demandent à ne pas faire partie du processus d’indépendance ouest-africain à travers une pétition signée par 300 chefs locaux. Les responsables Touaregs et Maures soulignent leur incompatibilité avec les sociétés subsahariennes et demandent à être intégrés au Sahara français qui est alors la partie sud de l’Algérie Française. L’Algérie Française est alors un ensemble de départements français et non une colonie comme l’est l’Afrique-Occidentale française. Cette demande est ignorée par le président français René Coty.

Léopold Sédar Senghor et Modibo Keïta seront les artisans de la Fédération du Mali, regroupant les colonies françaises du Sénégal, du Soudan français (dont l’Azawad), de la Haute-Volta (futur Burkina Faso) et du Dahomey (futur Bénin). La fédération est créée en janvier 1959, mais dès le mois de mars, le Dahomey et la Haute-Volta se retirent. En mai 1959, le président Charles de Gaulle reçoit Modibo Keita et reconnaît l’indépendance de la Fédération du Mali, qui sera proclamée le 20 juin 1960.

A partir de l’indépendance du Mali, l’Azawad est le terrain de nombreux conflits opposant l’armée malienne à ceux qui sont généralement appelés « rebelles touaregs ». Ces derniers réclament l’autodétermination de l’Azawad. Dès 1958, le mouvement populaire de l’Azawad (MPA), basé à Kidal, réclame la constitution d’un état touareg. En 1963, trois ans après l’indépendance du Mali, éclate la première rébellion touareg. Elle fut très durement réprimée par l’armée malienne. Le mouvement fut également très affaibli par les sécheresses des années 1970. En 1990, deux ans après la création du mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPLA), a lieu une insurrection. Cela aboutit à la signature des accords de Tamanrasset en 1991 et du pacte national en 1992.

En 2006, une nouvelle insurrection a lieu, aboutissant aux accords d’Alger (signés le 4 juillet 2006).
L’incapacité de l’État malien à imposer son autorité sur les grands espaces peu peuplés de l’Azawad a favorisé le grand-banditisme et les activités terroristes telles AQMI.

La situation aujourd’hui

En Janvier 2012 les touareg ont lancé une offensive pour conquérir le nord Mali, elle a été précipitée par le coup d’Etat de la junte militaire malienne conduite par le capitaine Amadou Haya Sanogo qui accusait Amadou Toumani Touré (ATT le président malien) « d’incompétence » dans sa gestion de l’offensive rebelle au nord Mali.

Le mouvement touareg a pu s’étendre grâce à la complicité des libyen en fuite après la mort de Kadhafi qui d’ailleurs était le protecteur de ces mouvements. L’offensive éclair, de Kidal à Tombouctou, du mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) déploie le spectacle d’un Mali coupé en deux où s’enchevêtrent, dans la confusion, intérêts loyalistes, putschistes, rebelles et islamistes.

C’est le 27 mars 2012 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, qu’au terme des travaux d’un sommet extraordinaire de la CEDEAO consacré à la crise socio-politique qui prévaut au Mali que le président Blaise Compaoré, a été nommé par ses pairs ouest-africains, médiateur dans cette crise politique née du coup d’Etat du 22 mars dernier et de la rébellion touareg dans le nord malien. Le 31 mars 2012 il a reçu, une délégation du comité national de Redressement pour la Démocratie et la Restauration de l’Etat (CNRDRE), conduite par le Colonel Moussa Sinko Coulibaly. Le médiateur a poursuivi les concertations avec les forces vives de la république malienne. Il a ainsi reçu le mardi 3 avril  en fin de soirée une délégation des leaders religieux composée des représentants du Haut Conseil islamique, de l’Eglise protestante, et de l’archevêque de Bamako. Il s’est agi pour le médiateur et les autorités religieuses de trouver des voies et moyens pour rétablir rapidement l’ordre constitutionnel au Mali.

Le 6 avril le MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad) mouvement laïque du peuple touareg, déclare l’indépendance de l’Azawad
La junte militaire qui a renversé le pouvoir du président ATT au Mali s’est engagée le 06 Avril 2012 à remettre le pouvoir aux civils dans le cadre d’un accord avec la (CEDEAO), sous la médiation du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré. 16 jours après le coup d’État au Mali, le chef des putschistes a finalement accepté, sous la pression des dirigeants de la région, de céder le pouvoir et rétablir l’ordre constitutionnel. Une annonce intervenue quelques heures après la proclamation unilatérale de l’indépendance de la nation Azawad, par les insurgés touaregs qui ont pris le contrôle du nord du pays.

Parallèlement au mouvement touareg, des islamistes salafistes  se sont emparé de Gao dans le nord-est du Mali, un groupe dissident d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a revendiqué le dimanche 8 avril l’enlèvement du consul d’Algérie et de six membres de sa mission jeudi à Gao.
Le 8 avril un nouveau groupe armé dénommé «front de libération nationale de l’Azawad», qui revendique 500 éléments, a annoncé dimanche sa création dans le nord-est du Mali, désormais contrôlé par des rebelles touaregs et divers groupes armés, notamment islamistes. La vacance du pouvoir malien doit être officialisée mardi 10 avril  par la cour constitutionnelle après la démission du président déchu Amadou Toumani Touré le 8 avril. Un acte juridique qui ouvrira la voie à l’investiture du président de l’Assemblée nationale comme chef de l’Etat de transition. Le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté ce lundi un texte reconnaissant l’accord cadre entre la Cédéao et les mutins.

Et maintenant ?

Que va-t-il se passer, que va devenir l’Azawad ? Si la CEDEAO intervient militairement (les français et les américains sont prêts à appuyer logistiquement, et déjà pré-positionnés) cela risque de se terminer dans un bain de sang, ou de devenir un bourbier comme l’Iraq ou l’Afghanistan (ou les 2 à la fois). Les touareg laïques risquent encore une fois d’être écrasés, réprimés, leur rêve d’indépendance s’envole à nouveau. . .

Et comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle crise alimentaire et nutritionnelle menace dangereusement la région du Sahel (qui va de la Mauritanie à l’Ethiopie). Les évaluations de terrain montrent que la situation est déjà critique au Niger, en Mauritanie, au Mali, au Burkina Faso et au Tchad où dix millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire et plus d’un million d’enfants sont en danger de malnutrition aiguë sévère. Les effets de la sécheresse ont 2 mois d’avance cette année dans la bande sahélienne

Les combats dans le nord du Mali entre les troupes gouvernementales et les rebelles touareg ont fait fuir une partie de la population vers les pays voisins ou dans d’autres régions du Mali. Plus de 23 000 personnes ont trouvé abri au Burkina Faso, 46 000 autres sont en Mauritanie et 25 000 Maliens se trouvent au Niger, ainsi que 2000 ressortissants nigériens qui vivaient au Mali depuis des décennies.

Sources : AFP, France TV info, l’Observateur Paalga, présidence du Burkina Faso, Sidwaya . . .

> Déclaration d’indépendance de l’Azawad

Jean-Claude RABIN

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